CONSOMM'ACTION ZERO-DECHET

Date Limite de Consommation, faut-il vraiment s’y fier ?

15 avril 2018

Celles qui me suivent régulièrement le savent, le gaspillage alimentaire est quelque chose que j’ai du mal à concevoir. Jeter de la nourriture ne me traverse même pas l’esprit, même si parfois, je me retrouve avec des produits périmés dans mon réfrigérateur ou mes placards. En plus de mon mode de vie plutôt minimaliste et zéro-déchet, mon cursus universitaire en école d’ingénieur agro-alimentaire y est peut-être pour quelque chose aussi. Effectivement, toutes les connaissances que j’ai pu acquérir me permettent de prendre du recul sur toutes ces dates limites de consommation. Je sais que bon nombre de personnes se fient uniquement à ces dates sur les emballages. Des dates, qui ont surtout un rôle de décharge de la part des industriels. En y pensant, je me suis dit que le sujet était intéressant à aborder ici. J’avais envie d’éclairer ceux qui sont un petit peu perdu avec ce sujet.
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Les dates de “péremption”.

Le rôle d’une date limite sur l’emballage des produits alimentaires est de nous renseigner la limite au-delà de laquelle un aliment est susceptible d’avoir perdu certaines de ses qualités. Selon la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes), il existe actuellement (avril 2018) deux types de date limite sur les emballages alimentaires :

Date Limite de Consommation nommée DLC

La DLC se présente sous la forme de “A consommer jusqu’au…” et est suivie de l’indication “jour/mois”. Elle correspond à une limite dite impérative puisqu’elle s’applique aux produits alimentaires qui sont très périssables d’un point de vue microbiologique. Parmi ces produits, nous retrouvons les produits frais principalements, tels que les produits laitiers, les viandes fraîches, les plats cuisinés réfrigérés, etc. Étant très périssables, ils sont susceptibles de présenter un danger immédiat pour notre santé.

Date de Durabilité Minimale appelée DDM

Précédemment connue sous le nom de DLUO (Date Limite d’Utilisation Optimale), la DDM s’exprime sous la mention “A consommer de préférence avant le…”, et est complétée par les indications “jour/mois” (DDM < 3mois), “mois/année” (3mois < DDM < 18mois), “année” (DDM > 18mois). Contrairement à la DLC, la DDM ne présente pas de caractère impératif. Une fois la date passé, le produit est susceptible d’avoir perdu une partie de ces qualités organoleptiques (goût, arôme, etc), nutritionnelles (teneurs en vitamines, minéraux, etc) ou gustatives (texture trop dure, trop molle, etc). Ces pertes de qualité dans le temps ne présentent cependant pas de danger pour notre santé. Parmi les produits présentant une DDM, nous retrouvons tous les produits d’épicerie sucrée (café, céréales, biscuits, etc) et salée (biscuits apéritif, conserves, etc).

Les catégories de produits consommables avec DLC.
Les surgelés

Les produits alimentaires achetés déjà à l’état surgelé peuvent être consommés, même après les DDM. Il faut évidemment que ces produits soient conservés à une température de -18°C minimum et que la chaîne du froid n’ait jamais été rompue. L’emballage peut toutefois être responsable de quelques pertes de qualités organoleptiques (goût principalement), c’est le cas notamment des emballages cartonnés.

Les yaourts

Les process de fabrication des produits laitiers possèdent souvent une étape de pasteurisation. Cette étape se déroule entre 62 et 80°C permet de détruire certains microorganismes pouvant être dangereux. Il est donc possible de consommer un produit fabriqué à partir de lait pasteurisé (yaourts, crèmes desserts, etc) même une fois la DLC dépassée. Aussi, un yaourt étant un produit acide, c’est une autre raison qui  explique qu’un yaourt ne présente pas de risque d’intoxication alimentaire. Selon une étude menée sur une soixantaine de yaourts, par 60 millions de consommateurs, la qualité de ces yaourts était toujours au rendez-vous 3 semaines après la DLC. Il est important de prendre garde à maintenir la chaîne du froid (0 à 6°C) et à ce que l’opercule/emballage ne soit pas gonflé.

Les viandes et charcuteries

Les viandes et charcuteries sont des produits à DLC qui demandent le plus de vigilance. En effet, certains microorganismes dangereux peuvent se développer et être responsable d’intoxication alimentaire. Encore une fois, le process de fabrication joue un rôle dans la durée de conservation du produit. Une viande ou charcuterie achetée à la coupe chez le boucher présente une DLC de 4 jours maximum. Cette date peut s’étendre jusqu’à 10 jours lorsqu’elle est commercialisée sous atmosphère modifié/sous vide. Il en est de même pour la charcuterie, son état et son emballage influent sur sa date limite. Un pâté acheté chez le boucher devra être consommé bien plus rapidement qu’un pâté acheté sous vide, en bocal ou en conserve. Aussi, les charcuteries sèches (saucissons, jambon sec, etc) peuvent être consommés plusieurs semaines après leur date limite.

Les poissons

Un poisson frais cru doit être consommé très rapidement (sous 2 jours) car il il peut présenter rapidement de nombreux risques microbiologiques, dangereux pour notre santé. Pour les plus préventifs, il est possible de congeler le poisson frais pendant 24 heures dès l’achat et avant la consommation, pour stopper le développement de certains de ces germes. Pour ce qui est des poissons fumés, la DLC est souvent fixée entre 21 et 28 jours. Cette date dépend du process de fabrication (taux de sel, technique de salage, etc).
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Les catégories de produits consommables post DDM.
Les conserves

Selon les experts de la CFA (Canned Food Alliance, consortium des fabricants de boîtes de conserve), une conserve a une durée de conservation quasiment infinie pour autant qu’elle soit conservée à une température modérée, sous 23 °C dans un endroit sec. Si une boîte de conserve présente des bosses ou de la rouille à l’extérieur, elle reste consommable. Elle ne l’est plus à la seule condition qu’elle soit gonflée.

Les produits secs

Cette catégorie répertorie les farines, céréales, légumineuses, biscuits, cafés, thés, chocolat, sucre, sel, épices, etc. Tous ces produits secs restent consommables même plusieurs mois, voire années après la DDM. A condition qu’ils soient conservés à l’abri dans des récipients hermétiques, à l’abri de l’humidité. La qualité microbiologique ne peut pas être impactée. Le seul risque concerne les qualités organoleptiques et gustatives (goût, texture, etc), qui peuvent parfois être altérées.

Le lait UHT

Le lait UHT est stérilisé durant son process de fabrication, cela implique une montée en température entre 160 et 180°C. Cela permet de tuer tous les germes/micro-organismes potentiellements dangereux. Un lait UHT peut donc être conservé plus longtemps qu’un lait frais et peut être consommé plusieurs mois après sa DDM, sans danger pour notre santé. Par contre, une fois ouverte, une bouteille de lait doit être consommée rapidement (dans les 3 à 4 jours).
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Les cas particuliers.
Les oeufs

Si nous regardons la réglementation, les oeufs n’ont ni DDM, ni DLC, mais DCR (Date de Consommation Recommandée). Cette dernière est fixée à 28 jours. Les oeufs frais sont censés conserver leurs caractéristiques jusqu’à cette date ; à condition qu’ils soient stockés à 4°C et sans être lavés. Bien que leur qualité diminue, les oeufs sont parfois consommables même après ces 28 jours. Pour s’en assurer, vérifier que la coquille soit intacte et plongez-le dans de l’eau froide. S’il reste au fond ou remonte légèrement, consommez-le cuit sans crainte. S’il remonte totalement à la surface et flotte, alors évitez de le consommer.

Les fromages

Les fromages sont normalement des produits à DDM et non pas DLC. Cependant, par prudence et pour se couvrir, certains industriels prennent le choix d’utiliser une DLC. Chaque fromage a un process de fabrication bien à lui : utilisation de ferments, taux d’humidité, de sel, etc. Les fromages s’affinent et évoluent au cours du temps sans risque microbiologique. Prenons l’exemple du comté, il est souvent affiné pendant plus de 36 mois, le consommer quelques semaines après sa date limite n’est donc pas vraiment significative et le fromage reste consommable. N’oublions pas que les croûtes des fromages sont tout simplement des moisissures. Tous les microorganismes ne nous veulent pas que du mal.
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Le cas des produits à “date courte”.

Les produits frais qui arrivent à leur Date Limite de Consommation peuvent être congelés. Les réseaux de distribution utilisent de plus en plus le système de “date courte” en faisant des rabais sur les produits dont la DLC approche. Sachez que certains de ces produits frais peuvent être congelés ; c’est le cas des viandes par exemple. Evidemment, plus un produit est frais, plus il est “sûr” et qualitatif, cependant s’il est congelé dans de bonnes conditions et consommé rapidement après décongélation, alors ce produit reste consommable. Une bonne congélation nécessite un refroidissement à -18°C, à coeur, en 24heures maximum. Afin de s’en assurer, il est préférable de pré-découper les aliments en amont. Découpez des morceaux ou tranches de viandes, de légumes crues, etc. Leur congélation sera plus rapide. Aussi, pensez à les répartir en petites portions dans des emballages hermétiques. Évidemment, assurez-vous que les produits n’aient pas été congelés avant. Pour les produits transformés/industriels, vous trouverez l’information sur l’emballage. Pour les produits non transformés (achetés directement à la coupe par exemple), renseignez-vous auprès du vendeur.
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Pour conclure, tout est question de bon sens.

Pour finir, j’avais juste envie de vous rappeler que tout est question de bon sens. Les industriels apposent des dates limites souvent réduites comparées aux réelles dates limites de consommation. Cela leur permet principalement de se couvrir juridiquement. Avant de jeter, gardez en tête que de nombreux aliments restent consommables plusieurs semaines, mois, voire même années, sans présenter aucun danger pour votre santé. Bien que je prône l’anti-gaspillage alimentaire, je vous invite à rester vigilant(e)s. Vérifiez l’état de l’emballage (opercule d’un yaourt, coquille d’un oeuf, etc) et l’odeur de l’aliment. J’invite aussi les femmes enceintes à être d’autant plus vigilantes et à se rapprocher de leurs médecins pour en savoir plus sur certaines contre-indications.
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Cet article est long, j’en suis désolée, mais je souhaitais qu’il soit complet et compréhensible. Merci de l’avoir lu en intégralité ; je serais ravie d’avoir vos avis et vos retours. En tout cas, j’espère qu’il puisse vous être utile.

A très vite,

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  • Reply
    Pêche & Églantine
    15 avril 2018 at 9 h 25 min

    Oh mais merci Marie ! Il y a tellement de gâchis à cause de ces petites dates écrites en minuscules sur les paquets et qui pourtant ne signifient (souvent) pas grand chose ! Perso je peux manger un yaourt périmé depuis quelques jours sans aucun soucis et cela ne m’a jamais rien fait alors que c’est un produit frais !
    Comme tu le dis si bien il faut se fier à son bon sens, à l’aspect, à l’odeur et au goût pour juger et non pas au marketing des industriels …

    Belle journée à toi <3
    Pêche
    https://pechenglantine.fr

  • Reply
    Claire
    15 avril 2018 at 16 h 02 min

    Hello Marie,
    Merci pour cet article très détaillé qui permet d’y voir plus clair. Ce que je trouve étrange, ce sont les dates sur les bouteilles d’eau par exemple ! J’en achète très peu puisque je bois l’eau du robinet, mais je me demande s’il n’y a pas une volonté de tromper le consommateur derrière ce genre de date. A moins qu’il soit obligatoire d’indiquer une date, quels que soient les produits ?
    Concernant les oeufs et les yaourts, j’en mange jusqu’à un mois après la date. Et puis comme tu le dis, c’est une question de bon sens, j’ouvre les emballages ou casse les oeufs à part pour voir l’aspect et sentir l’odeur. S’il n’y a rien à signaler, je ne jette pas, et je n’ai jamais eu de soucis jusqu’à aujourd’hui 🙂
    Bise
    Claire

  • Reply
    Marine
    15 avril 2018 at 22 h 19 min

    Je te remercie pour cet article très complet et qui permet de mettre des vraies mots sur des choses qui sont dites dans la presse ou par notre entourage comme quoi il ne faut pas manger des yaourts périmés d’une semaine !
    Il faut regarder les dates et surtout se renseigner sur les vraies informations au lieu de croire des choses fausses et grâce à toi et à cet article cela m’a éclairé ! Je t’en remercie Marie 😘

  • Reply
    UneDemoizelle
    16 avril 2018 at 18 h 38 min

    Merci pour cet article bien détaillé, c’est vraiment intéressant ! Je savais qu’il n’est pas toujours nécessaire de se fier aux dates indiquées sur certains produits, maintenant je sais plus précisément à quoi m’en tenir 🙂

  • Reply
    Aurélie
    17 avril 2018 at 10 h 41 min

    Merci Marie ! Pour ma part, je fais comme ma maman m’a dit « à l’odeur et au gout ». Les oeufs, je les mange aussi après la date et si un oeuf est périmé, je peux te dire que tu le sens direct ! Les yaourts je sais que j’ai fait jusqu’à 3 mois (mais actuellement j’hallucine un peu , mes yaourts achetés hier ont une date au 29 mai), la viande je congèle si c’est trop près (quand j’achète en promo et que finalement je ne la mange pas à temps), les pâtes j’ai acheté l’autre jour en promo des pates périmant fin avril …
    C’est dommage de se dire que les gens jettent dès qu’ils voient la date dépassée (et ce qui me tue encore plus c’est au supermarché, la viande qui périme le jour même en promo à -25 seulement à 19h alors que le magasin ferme à 20h…et donc va se retrouver jetée)
    Bonne journée !

  • Reply
    Emeline
    20 avril 2018 at 19 h 54 min

    Coucou Marie,

    En voilà un article très utile ! D’ailleurs, on devrait toujours avoir un petit récapitulatif accroché sur notre frigo pour ne pas oublier. L’astuce des œufs, je l’ai découverte il y a peu seulement et elle est tellement simple en plus ! C’est vrai que le gaspillage alimentaire est énorme en France, alors si chacun de nous peut être informé et sensibiliser ça pourrait changer pas mal de choses 😀

    Bon week-end et à très vite

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